Samedi 6 avril 2019, rencontre avec Béatrice UWAMBAJE, de 15h30 à 18H. Un rendez-vous important.

A l'occasion de la 25e commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda, la librairie vous invite à venir rencontrer Béatrice Uwambaje, pour la sortie de son ouvrage "Le silence des collines", aux éditions Sépia.


Il y a 25 ans, presque jour pour jour, entre 800.000 et 1 million de Tutsi et de Hutu modérés ont été assassinés, sauvagement, sans pitié, pendant ce que l'on appelle, à juste titre, le génocide rwandais, qui aura duré 100 jours. Ce qui représente 10.000 morts par jour, parmi une population qui comptait 6 millions d'âmes. C'est dire l'ampleur de l'horreur. Des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, massacrés par leurs voisins, comme par de parfaits inconnus, sur le seul motif qu'ils étaient de l'ethnie montrée du doigt par leurs compatriotes Hutu, extrémistes pour certains, ou embrigadés, conditionnés pour d'autres.

A l'occasion de ma rencontre avec Béatrice, venue nous informer de la sortie de son ouvrage, j'ai décidé de me pencher sur cet évènement que j'avais ignoré, j'avais 21 ans à l'époque pourtant.

Aujourd'hui j'ai honte. Honte d'appartenir à un pays, la France, qui a soutenu le régime génocidaire de l'époque, en l'armant, de machettes notamment, c'est dire... et en organisant la fuite de responsables Hutu dans les pays voisins. Aujourd'hui encore les archives ne sont pas complètement accessibles, contrairement à la promesse faite par François Hollande, lorsqu'il était Président, rendant impossible le travail des historiens et des juges.

Je remercie de tout mon coeur Béatrice Uwambaje de m'avoir ouvert les yeux, et à mon tour, je vous invite à entendre ce qu'il s'est passé il y a 25 ans, là-bas, parce que c'est important.

D'abord en venant passer un moment avec nous, samedi prochain, puis en découvrant la sélection que nous avons faite pour vous en magasin.


Aude



Béatrice, Comment définirez-vous votre livre en quelques mots?

Mon livre est un roman-témoignage : Pour rappeler que ça a eu lieu, que ça pourrait avoir lieu à nouveau, pas seulement au Rwanda, ailleurs dans le monde. Dans mon livre il est surtout question de retour et de retrouvailles. De retour et de retrouvailles avec ses origines, mais aussi avec soi-même, son histoire et tout ce qui a constitué son identité à un moment donné. C’est le portrait d’une époque : l’avant et l’après 1994 au Rwanda. Il est également question de l’exil intérieur. De cette difficulté à communiquer quand on a connu l’irréparable, l’indicible.


Dans la création de votre univers, les lecteurs peuvent-ils trouver des éléments autobiographiques? Oui, mais pas que.


Comment avez-vous choisi le titre de votre roman? Deux raisons ont motivé le choix du titre : Le Rwanda est dit communément « pays des mille collines », mais ici le mot collines est plutôt une métaphore. En 1994, alors que sur toutes les collines du Rwanda les gens mourraient par centaines de milliers, le monde entier s’est tu, est resté silencieux. Au Rwanda on criait, mais le monde ( les collines d’ailleurs) a continué à vaquer à ses occupations, normalement... Alors que le sang coulait sur les hauteurs et dans les marrais, il y a des êtres (les collines), même très proches, qui faisaient partie des repères qui sont restés silencieux, immobiles (telles les collines) !

En outre, le sujet principal du livre est l’exil intérieur. Comme je l’ai dit précédemment,  cette difficulté à parler après avoir vécu l’incommunicable, l’indescriptible. on s’entoure alors d’un mur de silence ou on se condamne soi-même au silence c’est selon…On peut garder le silence pour plusieurs raisons propres à chacun : la peur de choquer, de gâcher les conversations des « gens normaux », de blesser ceux dont on pense qu’ils ont souffert plus que nous, la crainte de ne pas être cru,  de ne pas être entendu, compris, de réveiller ses cauchemars et de ne pas pouvoir s’en sortir  après... La difficulté à trouver les mots à la hauteur d’exprimer véritablement ce qu’on a vécu, de ce qu’on ressent après…


Que représente l’écriture pour vous? Un jardin secret, aussi bien libérateur que protecteur. Un moment précieux, un rdv pris avec soi-même, sans artifices, sans faux-semblants, pour sortir ce qu’on a envie de sortir, exprimer ce qu’on a envie d’exprimer au moment et rythme choisis.... Un monde où on est le seul maître à bord.


Quel est votre livre "Madeleine de Proust", celui qui ne quitte jamais votre table de nuit? Je n’en ai pas. Longtemps j’ai « trainé » dans ma tête  l’épopée de Soudiata Keita dont j’ai fait la connaissance au collège au Rwanda. C’est un poème en prose sur l’épopée mandingue, Soundiata Keita est le fondateur de l’empire du Mali d’où nous vient la charte du Manden XIIIè siècle : l’une des plus anciennes constitutions au monde transmise oralement de génération en génération. Elle prône notamment la paix sociale dans la diversité, l’inviolabilité de la personne humaine, l’éducation...

J’ai gardé longtemps sur ma table de chevet Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu, récemment ai adoré les Mille petits riens de Jodi Picoult, et je lis à chaque sortie les livres de Martin Winckler… Je ne lis pas aussi souvent que j’aimerais.


Et pour vous connaître un peu plus… qui est Béatrice Uwambaje? Une femme pour qui une seule vie ne suffira pas pour faire tout ce qu’elle aimerait faire. Une femme qui croit par expérience que lorsqu’une porte se ferme quelque part, c’est qu’une autre est en train de s’ouvrir ailleurs, et par conséquent rien n’est jamais très grave pour moi, je n’ai jamais su désespérer, même au moment où tout pouvait m’emmener à...


Êtes-vous plutôt plage ou montagne? Montagne. On a une meilleure hauteur de vue. Et je viens des collines alors…

Jour ou nuit? Nuit, il y a moins de bruits, moins de monde et on a moins besoin de paraître. Bavarde ou observatrice? Plutôt Observatrice, je pense, ça m’arrive d’être bavarde, mais je n’aime pas la sensation de s’être vidée que j’ai après.

Que-est que vous fait juste avant d’aller dormir pour bien finir la journée? Lire ou écrire c’est selon mon niveau de fatigue et de disponibilité mentale. Je me mets au yoga depuis peu.


Merci Béatrice :))

Aude et Patricia, libraires inkipit.




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